Mes blogues pour TFO-360 de janvier a juin 2014

 

Les comtés fétiches des trois partis

TFO360  Le 6 mai 2014

http://www7.tfo.org/360/les-comtes-fetiches-des-trois-partis/

Maintenant que la course électorale est lancée, les partis devront tout faire pour s’assurer d’une victoire le 12 juin. Les stratégistes de chaque parti veilleront à ce que certains comtés reçoivent plus d’attention que d’autres parce qu’une victoire est presque à portée de main.

Bien sûr, il faudra faire des efforts pour conserver les acquis de 2011, mais l’objectif est de gagner une majorité, alors les libéraux et les progressistes-conservateurs, en particulier, se doivent d’aller chercher plus de sièges.

Des 107 comtés en Ontario, 22 circonscriptions vont voir de vraies batailles lors des prochaines semaines alors que les leaders s’y rendront pour rappeler la pertinence de leur programme pour ces régions. Ces comtés vont sans doute recevoir plus de publicité, et les habitants auront sans doute plusieurs occasions de rencontrer les candidats locaux ainsi que les chefs.

Pour les libéraux, qui doivent gagner six sièges de plus pour former une majorité de 54,  il s’agira de mener une chaude lutte dans les dix comtés suivants :

  • Bramalea­–Gore–Malton, Davenport, et Trinity–Spadina : des comtés détenus par le Nouveau parti démocratique (NPD) dans le Grand Toronto, mais qui peuvent pencher vers le parti de Kathleen Wynne;

  • Burlington, Cambridge, et Halton : des comtés détenus par le Parti progressiste-conservateur (PPC) qui ont déjà élu des Libéraux par le passé;

  • Kitchener-Waterloo, et Niagara Falls : des comtés détenus par le NPD autour du lac Ontario, mais qui pourraient revenir dans le camp libéral.

  • Northhumberland–Quinte Ouest et Perth–Wellington : deux comtés détenus par le PPC dans l’est de la province qui eux aussi ont manifesté un goût pour le libéralisme et qui pourraient être tentés de rentrer au bercail. 

Pour le Parti progressiste-conservateur, qui doit aller chercher non moins de 17 nouveaux comtés, neuf sièges sont presque en main :

  • Ottawa–Orléans, Ottawa-Ouest–Nepean et Peterborough : Trois comtés détenus par les Libéraux dans l’est de la province qui sont presque taillés sur mesure pour l’équipe de Tim Hudak;

  • Brant et Glengarry : détenus par les libéraux dans le centre de la province avec de petites majorités;

  • Niagara Falls : remporté par le NPD cet hiver par une toute petite marge de voix, le PPC s’étant placé deuxième;

  • St-Catharines : détenu par les libéraux, mais dans une région qui a voté bleu par le passé;Kitchener–Waterloo : remporté par le NPD en 2012, l’ancien siège d’Elizabeth Witmer pourrait se faire séduire à nouveau par Tim Hudak;

  • Essex : comté détenu par le NPD, mais dans lequel les forces du centre droit sont toujours bien musclées. 

Pour le Parti néo-démocrate, qui doit remporter 33 nouveaux comtés pour former un gouvernement, trois sièges sont prometteurs :

Les chances sont bonnes pour aller décrocher Sudbury et Thunder Bay/Atikokan dans le nord, York Sud et Weston dans le grand Toronto, trois comtés qui sont présentement détenus par les Libéraux.

Pour le parti d’Andrea Horwath, le grand espoir est que la campagne soulèvera un engouement général pour la gauche dans la province, parce l’écart entre le NPD et les deux autres partis est normalement assez important dans trois quarts des comtés. Une campagne semblable à la dernière pourrait lui rendre à nouveau les sièges gagnés depuis 2011 et peut-être quelques autres.

Si, par contre, sa campagne fait faux bond dans un contexte où les électeurs se décident en faveur d’une majorité rouge ou bleue, son parti risque de perdre une bonne part de ses sièges.

Pour le Parti vert, il s’agit de faire bonne figure dans tous les comtés et de faire remarquer son programme. Il n’y a aucun siège qui est prometteur.

Les campagnes à l’échelle de la province sont toujours intéressantes, mais ce qui compte finalement c’est le nombre de sièges à Queen’s Park. Les trois partis devront livrer des batailles efficaces et économiques sur le plan local et, pour ce faire, les comtés ci-dessus vont faire l’objet de toutes les attentions au cours des prochaines semaines. 


Politique ontarienne : Trois partis déjà essoufflés avant la course

Le 23 avril 2014

http://www7.tfo.org/360/politique-ontarienne-trois-partis-deja-essouffles-avant-la-course/

Les scénarios politiques se sont passablement précisés la semaine dernière alors que le ministre des Finances de l’Ontario annonçait que le prochain budget de la province serait présenté le jeudi 1er mai.

Charles Sousa a même fait allusion au thème principal de son budget, soit la sécurité de la retraite pour les habitants de la province, une idée qui avait été présentée par la première ministre Kathleen Wynne à l’automne dernier.

Le gouvernement se donnerait donc un cheval de bataille pour une élection s’il était défait lors du débat budgétaire. Mais quel genre de cheval?

Les Ontariens ont déjà un régime de retraite obligatoire, sous la forme du Régime de retraite du Canada. Sous ce régime, tout employé en Ontario verse une partie de son salaire, et son employeur cotise également. Il s’agit donc d’un placement pour l’employé, qui aura droit à un montant mensuel dès sa retraite. Pour l’employeur, c’est une taxe.

Les Ontariens ont aussi accès au régime enregistré d’épargne-retraite (REER), dans lequel ils investissent eux-mêmes une partie de leurs économies comme ils le veulent. Pour encourager la participation, le gouvernement canadien permet de soustraire le montant investi du revenu imposable, et n’impose aucune taxe sur les intérêts générés par ces investissements.

Le problème est que les Ontariens, comme les Canadiens en général, sont mal préparés pour leur retraite, puisqu’ils n’arrivent pas à épargner suffisamment d’argent durant leur carrière. Le gouvernement de Kathleen Wynne se porte donc volontaire pour trouver une solution. Il est pertinent de noter qu’aucune voix n’a demandé une telle mesure. La commission Drummond de 2014, dont le rapport final a pourtant guidé le gouvernement, avait entièrement évité cette question parce qu’elle ne relevait pas des programmes de la Province.
Jusqu’à présent, le gouvernement de Kathleen Wynne s’est retenu de donner une idée précise de ses projets, mais les options sont peu nombreuses.

Le modèle du Québec n’est sans doute pas imitable, puisqu’il est semblable au Régime de retraite du Canada (et séparé). Le gouvernement ne voudra sans doute pas créer un régime parallèle à celui du gouvernement fédéral, ce qui ne ferait qu’alourdir la bureaucratie et imposer une taxe supplémentaire aux employeurs.

La meilleure option serait de permettre aux Ontariens d’ouvrir un compte du genre REER qui donnerait un avantage à ceux qui ont les moyens de mettre plus d’économies à l’abri de l’impôt provincial (et non fédéral). Certes, cette option enlèverait des revenus au gouvernement de l’Ontario. Le gros danger est qu’elle n’atteindrait sans doute pas son objectif. Pire, elle risque d’enrichir encore plus ceux qui ont les moyens de mettre de côté une partie de leur revenu chaque mois.

Le problème est que ce ne sont pas les mécanismes de retraite qui manquent, mais plutôt la capacité à épargner. Les Ontariens, comme les Canadiens en général, sont mal préparés pour leur retraite, puisqu’ils n’arrivent pas à épargner suffisamment d’argent durant leur carrière. Le gouvernement de Kathleen Wynne se porte donc volontaire pour trouver une solution. Il est pertinent de noter qu’aucune voix n’a demandé une telle mesure. La commission Drummond de 2014, dont le rapport final a pourtant guidé le gouvernement, avait entièrement évité cette question parce qu’elle ne relevait pas des programmes de la Province.

Jusqu’à présent, le gouvernement de Kathleen Wynne s’est retenu de donner une idée précise de ses projets, mais les options sont peu nombreuses. Le modèle du Québec n’est sans doute pas imitable, puisqu’il est semblable au Régime de retraite du Canada (et séparé). Le gouvernement ne voudra sans doute pas créer un régime parallèle à celui du gouvernement fédéral, ce qui ne ferait qu’alourdir la bureaucratie et imposer une taxe supplémentaire aux employeurs.

La meilleure option serait de permettre aux Ontariens d’ouvrir un compte du genre REER qui donnerait un avantage à ceux qui ont les moyens de mettre plus d’économies à l’abri de l’impôt provincial (et non fédéral). Certes, cette option enlèverait des revenus au gouvernement de l’Ontario. Le gros danger est qu’elle n’atteindrait sans doute pas son objectif. Pire, elle risque d’enrichir encore plus ceux qui ont les moyens de mettre de côté une partie de leur revenu chaque mois. 

Le problème est que ce ne sont pas les mécanismes de retraite qui manquent, mais plutôt la capacité à épargner. Bref, les questions abondent, et le ministre des Finances se contentera sans doute à mettre le dossier à l’étude. Il faut reconnaître que le geste est original et répond aux inquiétudes de plusieurs, sans pourtant entraîner de grands engagements. C’est donc un élément du programme électoral qui ne peut nuire.

Il peut, cependant, gêner le NPD, qui lui ne s’est guère occupé de ces questions, vu qu’une grosse part de ses militants jouit des régimes de retraite généreux de la province et de ses agences. La question n’a vraisemblablement pas traversé l’esprit conservateur non plus. Dans les deux cas, un projet comme un régime de retraite supplémentaire serait perçu comme un geste en faveur des plus nantis (aux dires du NPD) et une dépense qui nuirait encore plus à la relance économique de la province (selon l’avis du PP-CO).

Les trois partis se présentent donc à la ligne de départ de la prochaine élection déjà essoufflés, embêtés par le manque de nouveautés dans leurs programmes. Le parti de Tim Hudak a sans doute annoncé la plupart de ses idées au cours des deux dernières années et se dit prêt à engager la bataille avec son cheval boiteux. Le parti d’Andrea Horwath est encore à la recherche d’une nouvelle monture. Le gouvernement, de son côté, vient de se procurer une nouvelle selle, mais son cheval semble courbé au-dessus d’une herbe alléchante, mais peut-être peu nourrissante.

Vu la situation, les deux derniers voudront probablement éviter de déclencher une élection dans les semaines qui suivent. La guerre commence mal quand on trébuche en partant.


Quelles leçons tirer pour l’Ontario des élections au Québec?

Le 10 avril 2014

http://www7.tfo.org/360/quelles-lecons-pour-ontario-des-elections-au-quebec/


J’ai l’impression qu’on va digérer les résultats des élections au Québec pendant un bon bout de temps. Pour le moment, une leçon est à retenir pour ceux qui observent la situation ontarienne, soit que les campagnes électorales n’ont pas perdu de leur importance, et que le facteur humain dans ces exercices change souvent les intentions de vote. Il ne faut pas l’oublier quand on examine les sondages qui se multiplient chaque semaine.

Le PQ avait raison de sentir le vent dans ses voiles au début de mars. Depuis juin 2013, les sondages (en moyenne) démontraient que le gouvernement devenait de plus en plus populaire, passant d’un pourcentage d’appui des répondants de 25 % à presque 38 %, une augmentation de près de 50 % en neuf mois! Avec ces chiffres, les dirigeants du PQ se donnaient de bonnes chances de gagner des élections et même une majorité : ils avaient l’élan requis.

La campagne électorale a évidemment changé bien des esprits, et encore une fois ce sont les débats qui ont eu le plus d’influence. Le PQ a gardé un mince avantage pendant les dix premiers jours, et c’est alors que sa popularité a commencé à s’effriter. Le débat du 20 mars a eu un effet encore plus marqué, et les sondages effectués à la suite du deuxième affrontement ont confirmé la tendance négative. Le PQ recueille à peine 23 % des voix le jour des élections du 7 avril. Le PQ a perdu presque 40 % des intentions de vote des Québécoises et des Québécois en un mois. C’est un effondrement remarquable.

Pour les Libéraux, le déclenchement de l’élection n’arrivait pas au bon moment. Les sondages en date du 5 mars démontraient qu’ils étaient en perte de vitesse, et que M. Couillard n’arrivait pas à convaincre l’électorat que son parti était prêt à assumer la charge de gouverner. Sa campagne a changé les impressions. Les sondages suivant le premier débat démontraient que le chef de la formation libérale avait bien joué son jeu, lui donnant une moyenne de 46 % des intentions de vote, malgré les dures attaques que lui ont livrées ses trois adversaires. L’effet de ce bond remarquable n’a pas duré deux semaines, mais les libéraux ont obtenu plus de 41 % des votes le jour du scrutin, une augmentation d’environ 20 % comparativement à leur pourcentage de départ.

Pour sa part, M. Legault, le chef de la Coalition Avenir Québec s’est fait remarquer, et sa cote a presque doublé à la suite des deux débats, pour atteindre 23 % des voix, et un gain de quatre sièges à l’Assemblée nationale pour un total de 22, soit seulement 8 de moins que le PQ, qui formera l’opposition officielle.

Québec solidaire a gagné un nouveau siège, mais sa cote de popularité est restée essentiellement la même durant toute la campagne.
Pour l’Ontario, une situation semblable se présente. Le Parti progressiste-conservateur et le Parti libéral se disputent la tête (les sondeurs éprouvent énormément de difficulté à déterminer qui mène et par combien), tandis que le NPD conserve environ le quart des intentions de vote.

La situation présente donc énormément de risque pour le gouvernement. La campagne électorale sera décisive, et le Parti libéral n’a rien à offrir de neuf, sinon son chef, qui est en selle depuis plus d’un an. Est-ce suffisant? J’en doute de plus en plus. Le gouvernement voudra sans doute attendre de voir et d’entendre les Ontariens cet été avant de déclencher une campagne. Il ne risque rien pour l’instant, mais pourrait tout perdre en déclenchant des élections.


Le dilemme du NPD ontarien

Le 25 mars 2014

http://www7.tfo.org/360/ontario-le-dilemme-du-npd/

Bien que plusieurs s’attendent à une élection ce printemps en Ontario, la seule personne qui puisse faire une prédiction convaincante est Andrea Horwath, chef du NPD depuis maintenant cinq ans.

Certes, les conservateurs de Tim Hudak ont hâte de prendre le chemin de la campagne électorale, soit pour défaire le gouvernement, soit pour en finir avec leur chef. Contrairement aux progressistes-conservateurs, les libéraux seraient très heureux de rester au pouvoir, encore six mois ou un an, pour se donner la chance de démontrer aux électeurs de la province qu’ils savent gouverner et que le fantôme de Dalton McGuinty a bel et bien été exorcisé.

C’est autre chose pour le NPD. Mme Horwath s’est bien servie des deux derniers budgets de la province pour faire avancer des dossiers.
Ces menaces de renverser le gouvernement minoritaire ont réussi à extraire de petites concessions et surtout à donner de rares occasions pour faire parler d’elle.  La stratégie a bien joué au plan électoral, puisque le NPD a su piquer plusieurs sièges au gouvernement au cours des dix-huit derniers mois, lors de lors de partielles. Tentera-t-elle le même jeu cette fois-ci? On dirait que plusieurs sont d’avis que le temps est venu de dénoncer le gouvernement pour de bon en déclenchant l’élection.

Il est évident que le NPD peut difficilement jouer le même jeu. Plus le gouvernement Wynne s’affirme, tant dans sa gestion que dans les sondages, plus faibles seront les chances qu’il s’intéresse à négocier des cadeaux avec le NPD. Celui-ci a donc peu de chance de se trouver gagnant dans la prochaine manche. Le parti de Mme Horwath est-il vraiment prêt pour une campagne contre une première ministre qui semble autant à gauche que la chef néo-démocrate, mais qui a gagné tellement plus d’expérience, de visibilité et de confiance?

La cote du NPD  n’est guère rassurante puisque, malgré les gains électoraux, elle reste dans les normes de l’histoire du parti de gauche. Sa popularité est très fragile. Mme Horwath a d’ailleurs mis peu d’effort à repenser l’approche de son parti sur les grands enjeux, se contentant de reprendre les refrains d’antan, de défendre les droits des travailleurs, en restant froide aux réalités économiques mondiales qui mettent à l’épreuve tous les gouvernements de l’Occident. Sur le plan politique en fait, le Parti néo-démocrate maintient un parfait silence. Son site web présente encore exclusivement le programme électoral de 2011 ! Son programme législatif ne reluit pas de grandes idées et la plus grande réforme réclamée par la chef — la création d’un bureau de responsabilité financière à Queen’s Park — fut inauguré au niveau fédéral par le gouvernement de droite de M. Harper.

Sur le plan personnel, Mme Horwath, elle, qui pourtant siège à Queen’s Park depuis dix ans,  a très peu fait pour que les Ontariennes et les Ontariens apprennent à mieux la connaître. Elle présente les mêmes facettes de sa personnalité qu’auparavant. Pourtant, cette stratégie n’a guère été reluisante en 2011, alors qu’elle termina la campagne avec la même cote de popularité qu’au départ du concours.

Le NPD joue gros.  Les victoires de partielles peuvent être fort satisfaisantes, mais l’histoire a souvent démontré quelles ne sont pas garantes de gains durant les élections générales. Le Parti néo-démocrate semble satisfait de pratiquer le même jeu, de remettre à plus tard la tâche de mettre à jour son programme et de miser surtout sur un effondrement dans l’appui des libéraux. Alors que le gouvernement semble prendre des forces, c’est un jeu audacieux et c’est le Parti néo-démocrate qui risque de se faire prendre au piège.
Le manque de vigueur, de nouvelles idées et d’approche au niveau du leadership est une énigme. Il est fort possible que le NPD ne se sente pas capable, en fin de compte, d’affronter le gouvernement ce printemps.


L’Ontario et l’industrie automobile : la grande noirceur

Le 10 mars 2014

http://www7.tfo.org/360/lontario-et-lindustrie-automobile-la-grande-noirceur/

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, s’est dite surprise que Chrysler retire sa demande de financement au gouvernement de l’Ontario. Ce n’est pas la première fois que Mme Wynne se fait surprendre par les annonces du monde des affaires. Elle devrait y porter plus d’attention et cesser de compter sur une politique de sollicitation.

L’Ontario offre des subsides de toutes sortes à l’industrie de l’automobile. L’objectif est de conserver la production sur notre territoire et, peut-être, d’en attirer d’autres. Le problème est que l’on ne saura pas si les incitatifs de la Province ont fonctionné par le passé.
Tout ce que l’on sait, c’est que la province s’apprêtait à faire un autre don généreux. Il s’agit d’une pratique fort courante en Amérique du Nord, et partout ailleurs dans le monde. Le secteur de l’automobile est riche et garant de prospérité dans la région où il s’installe. L’Ontario se trouve donc dans un combat féroce avec le Québec, les États américains de la « Sun Belt » et l’Amérique latine (surtout le Mexique).

La position de l’opposition est nette. Monsieur Hudak se prononce contre les subsides ad hoc du gouvernement libéral. Il mise plutôt sur une politique qui, globalement, rendrait l’Ontario plus attrayante aux manufacturiers : des taxes réduites, un coût d’électricité plus bas et, surtout, une politique d’accès au travail (dénommé en anglais la « Right to Work »), une règle qui, en fin de compte, vise à vider les syndicats de leurs pouvoirs les plus importants en réduisant ainsi le coût de la main-d’œuvre.

Ce régime est en vigueur dans vingt-six États au sud de la frontière, incluant le Michigan et l’Indiana qui, en passant, sont aussi acharnés à attirer l’industrie automobile avec toutes sortes de subsides supplémentaires. Mais Monsieur Hudak n’offre aucune preuve à l’appui de sa position. Il ne fait pas mieux que le gouvernement; c’est une politique de sollicitation. Pour le Parti progressiste-conservateur, le calcul électoral est assez facile. Les régions les plus affectées, notamment Windsor, Oshawa et Oakville se partagent entre les trois partis : les deux comtés dans Windsor se divisent entre le Parti libéral et le NPD. Oakville semble perdu aux libéraux depuis 2003, et plusieurs des employés de l’usine Ford de la région habitent dans des comtés fortement rouges près de Hamilton, comme Ancaster-Dundas-Flamborough et  Brant. Seule Oshawa, facilement détenue par Jerry Ouellette, reste dans le camp conservateur, et ce, depuis près de vingt ans.  Bref, Monsieur Hudak n’a rien à perdre.

Mais revenons sur la politique du gouvernement libéral. Nous avons beau chercher sur le site web de la Province, elle n’offre aucune étude de l’effet des subsides qui ont été donnés à l’industrie de l’automobile depuis plusieurs années. Pourtant, la première ministre Wynne s’est engagée, après le fiasco des centrales thermiques, à mettre à jour les études du gouvernement sur les grands investissements.

Des questions s’imposent à cet effet : Le gouvernement possède-t-il des données qui prouvent que l’investissement en vaut la peine? Les manufacturiers sont-ils plus enclins à rester en Ontario pour aller chercher des subsides dans un régime salarial qui risque de leur coûter bien plus cher à long terme? Le fait est que l’industrie de l’automobile se transforme énormément et que son offre de travail continuera d’évoluer; des cols bleus aux cols blancs, en passant par les cols gris. Aucun rapport du gouvernement n’en fait état. Nous constatons que le vérificateur général ne s’est jamais penché sur la question*.

Nos chefs politiques ne sont évidemment pas seuls dans la noirceur. Toute la Province l’est aussi.


*Le fédéral est beaucoup plus clair dans sa manœuvre.  Il offre un  Fonds d’innovation pour le secteur de l’automobile (FISA) de  50 millions de dollars par année. Ce fonds est axé sur la recherche pour encourager les grands fabricants à rendre leurs véhicules plus innovateurs, plus économiques et plus écologiques.


La faute à Hudak

Le 19 février 2014

http://www7.tfo.org/360/la-faute-a-hudak/


Le résultat des partielles du 13 février dernier provoquent sans doute une réflexion poussée au sein du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Le PPC a beau se sentir encouragé par la victoire à Thornhill, mais la pilule de Niagara Falls demeure dure à avaler.
Tim Hudak peu bien s’en prendre aux syndicats, mais si ce comté pourtant bleu est passé dans le champ orange, c’est de sa faute. Faut-il rappeler que Niagara Falls vote à droite au niveau fédéral depuis plus d’une génération et que le PPC avait conservé le comté jusqu’en 2007 ?

Le PPC n’a pas fait mauvaise figure. Presque 39 % des électeurs se sont présentés aux urnes (36  832 sur 95 266) et le NPD a remporté la victoire par une marge de différence de 962 votes.  Autrement dit, la victoire aurait été celle de si M. Hudak, s’il en avait tiré les leçons au cours des partielles précédentes. Le bilan à ce niveau-là est peu encourageant. Le PPC n’a finalement gagné que deux comtés sur neuf : de loin la pire performance des trois partis qui siègent à Queen’s Park.

C’est à Hudak que revient la faute. Il aurait dû travailler plus fort dans sa cour en allant chercher plus d’organisateurs et en mettant à jour ses qualités personnelles.Il aurait dû, par ailleurs, se pencher sur son programme pour faire ressortir les aspects les plus attrayants pour les électeurs de cette pointe de péninsule. Mais non. Il s’est entêté à faire comme auparavant. Lancé dans cette direction, les risques sont tels qu’il ne fera pas long feu, à moins que les libéraux et les néo-démocrates s’autodétruisent.

Que faire?
1)      La première stratégie : opération personnalité

L’idée est de refaire l’approche médiatique du chef. M. Hudak, qui n’a jamais rien fait d’autre que d’être politicien, est bien désavantagé sur ce plan. C’est à lui d’abandonner cette façon robotique de répondre aux questions des reporters, pour s’entourer de conseillers qui sauront le mettre à l’aise dans des contextes plus amicaux, afin qu’il puisse s’exprimer plus librement sur une gamme de sujets plus élargie.

Pourtant, l’Ontario n’est pas si exigeante dans ce domaine. Depuis la Confédération, et exception fait de deux cas (Hepburn en 1934, Peterson en 1985 et en 1987), nos chefs ont sans aucun doute été les plus ronfleurs du Canada. Si Hudak n’est pas en mesure de s’attirer plus de sympathies, ni les organisateurs ni les électeurs ne se dérangeront pour aider son parti, lors de la prochaine élection.

2)      La seconde stratégie : ajouter au programme pour réduire l’impact des politiques moins populaires

Les idées véhiculées par le Parti depuis dix-huit mois ne sont pas insensées pour la plupart des Ontariens. Ce qu’il manque, cependant, c’est une vision convaincante. Pour l’instant, celle que propose M. Hudak est du réchauffé d’un Ontario des années fin 1990. M. Hudak est pourtant jeune, et se doit de formuler des idées plus modernes et convaincantes auprès de son électorat.  

3)      La troisième stratégie : refaire les ponts avec les organisateurs locaux

Niagara porte toutes sortes de leçons sur cette matière. Il suffit de se rappeler le désastre de la campagne de M. Tory en 2007, qui tenait pour acquis que tous les partisans se présenteraient aux barricades. Rendez-vous manqué. Pour quelles raisons? Un programme désuet et un chef banal.

Le temps presse. Il ne reste à M. Hudak que quelques semaines pour pondre quelque chose de neuf. La balle est dans son camp.
 


Deux partielles, puis une générale?… Pas si vite!

360tfo, le 11 février 2014

http://www7.tfo.org/360/deux-partielles-puis-une-generale-pas-si-vite/

Les deux partielles qui auront lieu jeudi, dans les circonscriptions de Niagara Falls et de Thornhill,  vont sans doute assurer une place majeure dans le calcul de tous les partis à Queen’s Park, alors qu’ils préparent leurs plans de match.

On présume un peu partout qu’une élection générale sera déclenchée en avril.  Pourtant, il y a lieu de bien y penser. Du côté du gouvernement Wynne, peu de bonnes nouvelles s’annoncent.
 
Depuis l’élection générale de l’automne 2011, six des sept élections partielles furent déclenchées après le départ de députés libéraux, notamment : Margarett Best à Scarborough-Guildwood; Dalton McGuinty dans Ottawa-Sud;  Dwight Duncan dans Windsor-Tecumseh;  Chris Bentley dans London West, Greg Sorbara dans Vaughan et Laurel Broten dans Etobicoke-Lakeshore.

Le gouvernement libéral a réussi à en conserver trois : un résultat de 50 % qui, de prime abord, a paru impressionnant,  puisqu’il est assez rare de voir un gouvernement soutenu en cours de mandat. Cependant, ces trois victoires ont été peu réconfortantes, puisqu’elles eurent lieu dans des châteaux-forts du camp libéral (Ottawa-Sud, Vaughan et Scarborough Guildwood). Chose plus inquiétante, les redoutes libérales de Windsor-Tecumseh et de London-West ont basculé dans le camp NPD, lors d’élections partielles en 2013.
Les partielles de jeudi vont d’autant plus inquiéter l’équipe libérale, puisqu’il est fort possible que l’expérience de Kitchener-Waterloo et de London-West se répète à Niagara, un comté libéral situé dans un territoire qui exprime habituellement de fortes tendances vers le centre droit.

Il est possible que plusieurs électeurs qui en veulent au gouvernement décident de manifester leur désagrément en votant à gauche. Si les sondages disent vrai, l’équipe Wynne serait à la veille de perdre son siège à Niagara. Le score peu encourageant serait donc de quatre défaites sur sept.

Pour Tim Hudak et les progressistes-conservateurs, on peut dire la même chose les concernant. C’est l’équipe néo-démocrate d’Andrea Horvath qui a remporté la partielle qui avait été déclenchée à cause du départ d’Elizabeth Witmer, dans Kitchener-Waterloo.  Plusieurs dans le Parti conservateur n’ont toujours pas pardonné cette défaite. Une déroute à Niagara pourrait donc beaucoup lui nuire.
En sept occasions de partielles, le Parti conservateur n’a gagné qu’un siège : celui d’Etobicoke-Lakeshore qui est revenu, en août 2013, à Doug Holyday. Il s’agissait ici d’une victoire facile dans un comté conservateur. 

Il est probable que les conservateurs retiennent le siège de Thornhill jeudi, mais leur incapacité à ravir celui de Niagara, un comté qui vote fortement à droite au fédéral, serait un double-signe : le leadership de Hudak n’est pas apprécié, et les chances pour le Parti conservateur de remporter les prochaines élections sont minces.  Dans un contexte comme celui-là, Hudak pourra-t-il vraiment réclamer une élection dans les mois qui viennent? Le cas échéant, il risque fort de voir sa carrière politique se terminer avant l’été.
Bref, aussi bien le gouvernement que l’opposition officielle ont de bonnes raisons de penser qu’une élection ne s’impose pas. 
Les résultats des partielles, toutefois, devraient les encourager à retourner à leurs devoirs pour repenser leurs approches.


Chronique internationale : Hillary Clinton, favorite du camp démocrate

360tfo, le 30 janvier 2014

http://www7.tfo.org/360/chronique-internationale-hilary-clinton-favorite-du-camp-democrate/

La date de la prochaine présidentielle est encore bien loin (non moins de trente-trois mois), mais la course sera lancée d’ici un an. La question commence donc à en intéresser plusieurs. Au cours des deux dernières semaines, deux gros articles ont fait la une de revues de référence aux États-Unis : Time et le magazine hebdomadaire du New York Times. Les deux portaient sur l’avance inouïe que possède déjà Mme Hillary Clinton, même si elle reste muette sur ses intentions et ses ambitions. Mais à part Mme Clinton, qui d’autre pourrait occuper la Maison-Blanche?

La réalité est que dans l’après-Obama, les rangs seront fort minces. Le leadership au sein de la Chambre des représentants et au Sénat est vieux et obsolète. Les contestataires de 2008 sont soit trop âgés (peut-on vraiment croire que Joe Biden tenterait sa chance?), soit trop distants vis-à-vis de la vie politique depuis ces cinq dernières années pour y revenir avec conviction. L’occasion est cependant idéale pour qu’un prétendant ou une prétendante s’illustre, non pas pour gagner la nomination, mais pour se signaler en tête de peloton en 2020 ou même en 2024, et ce, après deux mandats.

Le Parti peut-il se fier à un talent quelconque parmi les gouverneurs, le réservoir traditionnel de fortes candidatures ? La question est de bon aloi.

Il n’y a que vingt gouverneurs démocratiques présentement, dont une seule femme : Mme Maggie Hassan du New Hampshire. Les dix-huit autres sont des hommes blancs d’un certain âge qui pourraient se présenter contre Mme Clinton en 2016, mais lesquels n’auraient plus cette possibilité en 2020 ni en 2024. Le dernier est donc Deval Patrick, le gouverneur noir du Massachusetts.  Parmi cette vingtaine de gouverneurs, une petite poignée aura la base nécessaire pour faire un bond en 2016.

Mme Hassan pourrait se présenter, certes. Mais elle a longtemps milité en faveur de Mme Clinton, alors ce serait bizarre de la voir se présenter contre l’ancienne secrétaire d’État, sénatrice et première dame.

Jerry Brown, de la Californie, pourrait sûrement se présenter à nouveau, après l’avoir fait en 2000. Mais vu qu’il a 76 ans présentement, ce serait surprenant.  La Californie, cependant, est importante. Il restera à voir si Gavon Newsom, le lieutenant-gouverneur de 46 ans et ancien maire de San Francisco est y intéressé. C’est une possibilité à considérer.

On peut facilement se passer de : Mike Beebe de l’Arkansas (trop peu connu); John Hickenlooper du Colorado (trop à gauche); Jack Markell du Delaware; Neil Abercrombie de Hawaii; Steve Bullock du Montana; Lincoln Chafee du Rhode Island; Peter Shumlin du Vermont; John Kitzhaber de l’Oregon ainsi que Jay Inslee de Washington, parce qu’ils représentent de petits États et ne sont pas connus au-delà de leurs frontières, après qu’ils eurent pourtant de bonnes carrières.

Puis, il y a le cas de tous ceux qui pourraient y penser, notamment : Dan Malloy, gouverneur du Connecticut; Pat Quinn de l’Illinois; Deval Patrick du Massachusetts, le fougueux orateur qui rappelle Barack Obama dans ses meilleurs moments; Martin O’Malley du Maryland; Mark Dayton du Minnesota;  Jay Nixon du Missouri ainsi qu’Andrew Cuomo de New York. La plupart d’entre eux représentent des États dits « bleus » (c’est-à-dire démocratiques). Certains d’entre eux, dont Patrick et Cuomo – en particulier – auraient suffisamment de pouvoir d’attraction pour financer de bonnes campagnes. Ils sont tous les deux imaginatifs, des « amis » de la caméra, puis d’habiles candidats de campagnes.

Il resterait donc Steve Beshear du Kentucky;  Jay Nixon du Missouri et Terry McAuliffe, qui vient tout juste d’être élu en Virginie. Leur handicap : ils sont à la tête d’États à forte tendance républicaine. Ce serait donc plus difficile pour eux de lancer une campagne nationale, à moins qu’ils n’aient beaucoup d’expérience au niveau national.

Alors, qui restera pour affronter Clinton? Deval Patrick et Andrew Cuomo de l’Est seraient deux candidats qui pourraient se tailler une grande place, au sein du Parti. Gavin Newsom, qui vise le poste de gouverneur à Sacaramento, pourrait être fortement encouragé de tenter sa chance. À ce stade-ci, les candidats sérieux qui pourraient donner du fil à retordre à Mme Clinton seraient finalement peu nombreux.


Chronique provinciale — La politique des partielles en Ontario

360tfo, le 15 janvier 2014

http://www7.tfo.org/360/chronique-provinciale-la-politique-des-partielles-en-ontario/

Le gouvernement Wynne vient tout juste de déclarer des élections partielles dans deux comtés : Thornhill, délaissé par le Parti conservateur de Peter Shurman  à la fin de 2013; puis Niagara Falls, avec un siège libéral qu’occupe M. Kim Craitor, depuis 2011. Le vote aura lieu le jeudi 13 février.

Quelle sont les chances du gouvernement? Je dirais qu’elles sont minces. Thornhill n’est pas insensible au changement, même si elle s’affiche bleue depuis un bon bout de temps. La circonscription, créée en 1999, s’est rangée du côté du PC de 1999 à 2003, avant de rejoindre le camp libéral de l’équipe McGuinty en 2003. Peter Shurman reprit le comté en 2007 et le conserva en 2011 avec une marge de vote de plus de 2500 voix.  Au fédéral, Thornhill revient franchement au PC, puisque Peter Kent a écrasé ses adversaires avec plus de 61 % des suffrages en 2011.

Pour la partielle, la candidate libérale est Mme Sandra Yeoung Racco, l’épouse de Mario Racco, le député de la région de 2003 à 2007. Le Parti conservateur choisira son candidat le jeudi 16 janvier 2014. Ce sera une course entre les deux partis principaux; le Parti néo-démocrate étant boudé dans cette région. Pour cette élection, l’équipe Hudak est à son avantage avec un appareil organisationnel supérieur.

La course pour Niagara Falls sera aussi ardue pour le gouvernement.  Le siège est libre, puisque M. Kim Craitor qui le détenait depuis 2003, a annoncé sa démission l’automne dernier.  Plus que Thornhill, le comté de Niagara Falls aime se faire représenter par divers partis, alternant assez régulièrement entre le Parti libéral et le PC, et même le NPD de 1990 à 1995. Mais Craitor avait gagné son siège par, à peine, 550 votes en 2011.

Au niveau fédéral, Niagara Falls a  longtemps été le fief de Rob Nicholson, député de la région de 1984 à 1993, puis depuis 2004. Si la présence du Parti de la réforme de 1993 à 2004 n’avait pas divisé les votes de droite, Nicholson aurait facilement gardé son poste durant les années Chrétien.

M. Bart Maves, qui représenta le comté de 2004 à 2011 pour le PC, est encore cette fois-ci le candidat bien connu. Même si le NPD peut jouer fort dans cette région, ses chances sont bien faibles en ce moment.

Évidemment, les capacités des partis à faire sortir leurs partisans le jour du scrutin fera la différence. Pour le gouvernement, il sera important que Wynne fasse  sortir ses couleurs et démontrer que les erreurs de gouvernance du passé méritent le pardon.  Pour M. Hudak, qui se doit de démontrer qu’il peut gagner, ces deux sièges dont l’héritage conservateur est important, sont nécessaires. S’il les perdait, on mettrait son leadership davantage en doute.


 

Mes Blogues TFO durant la campagne provinciale de septembre 2011

 

7 octobre 2011

Les leçons de la campagne

Les ontariennes et les ontariens se sont prononcés, et le résultat n’est guère clair. Avec un si faible taux de participation (admettons le calcul le plus optimiste de 49 pour cent des gens éligibles), le gouvernement minoritaire de M. McGuinty est le choix de moins de 19 pour cent de la population. Dans un contexte comme celui là, les libéraux seront appelé à gouverner avec énormément de prudence. Le fait d’avoir perdu ses ministres d’agriculture, du revenu et de l’éducation démontre les portefeuilles qui demanderont le plus d’attention. M. McGuinty devra se faire un devoir de remplacer ses pertes (féminines, en passant) avec des joueurs forts.

L’équipe de M. McGuinty a pourtant bien joué son jeu. C’est sûr qu’elle est bien moins populaire qu’en 2003 ou en 2007, mais elle est fortifié par l’appui quasiment unanime des grande villes. La campagne libérale eu un effet considérable. M. McGuinty  qui pourtant trainait dans les sondages depuis 2009, est sorti vainqueur du combat. La campagne de M. Hudak, qui lui dominait les sondages depuis son arrivée au leadership des PC, a souvent fait faux bond. Bien qu’il ait réussi à augmenter la cote de son parti, elle n’est qu’au niveau de 2003, alors que seuls les plus partisans du parti votèrent en faveur du « bleu ».

La campagne de Mme Horvath n’a guère fait mieux. Elle qui allait chercher parfois entre 27 et 30 pour cent des intentions de vote devra se contenter du 22, 7 qu’elle a reçu jeudi. Le NPD a donc le même nombre de sièges qu’il avait en 1995, suite à la défaite du gouvernement Bob Rae. Son score représente aussi je dirais, le vote foncièrement néo-démocrate. Ni un ni l’autre des partis de l’opposition n’a réussi à convaincre les partisans de « l’autre ». C’est une mauvaise nouvelle dans les deux cas qui devra les forcer à ajuster leur tir. J’ai l’impression quand même que les deux formations vont choisir de patienter avec leurs nouveaux chefs et leur donner la chance dans deux ou trois ans de briguer les suffrages encore une fois.

Pour M. Hudak, le défi est clair : il doit ouvrir son programme pour être plus innovateur. Il doit préciser ses remèdes et convaincre la population qu’il ne cherche pas à être premier ministre afin de tout démolir. Mme Horvath elle fait face au défi de convaincre les électeurs qu’elle et son parti peuvent être responsable avec l’économie.

M. McGuinty risque d’être bien moins chanceux. Le siège de premier ministre est ingrat et M. McGuinty n’est pas à l’ abri des foudres ni de la foule ni des membres de son caucus. La cote libérale a dégringolé de 10 points depuis son arrivé au pouvoir et à moins qu’il se passe un petit miracle, il ne retrouvera jamais la popularité de 2003. Les pressions qu’il cède son poste vont être intenses, surtout à partir de 2013, alors qu’il fêtera ses dix ans au pouvoir.

Cette élection a démontré que l’Ontario vit à un rythme unique. La droite de M. Harper et de M. Ford ne s’est guère fait sentir. L’énorme défaite du parti libéral au fédéral en Ontario en mai n’a pas laissé de séquelles. Il reviendra au gouvernement McGuinty de mieux interpréter l’humeur des ontariens, et trouver façon de réconcilier leur demande de services avec l’exigence d’assurer une rigueur fiscale. Pas facile. M. McGuinty, ayant réussi un tour du chapeau électoral, doit maintenant s’atteler à la tache difficile de gérer l’économie sans pour autant heurter les attentes de la population. On lui donne 24 mois pour faire ses preuves.


4 octobre 2011

Le sprint est engagé

Pas moins de douze sondages ont été effectués par sept compagnies au cours des dix derniers jours et ils démontrent sans doute la direction dans laquelle se dirige les ontariens.

Rappelons que la dernière élection de 2007 avait donné 42,3 pour cent des voix au libéraux, 31,6 pour cent au progressistes conservateurs, 16,8 au néo-démocrates et 8 pour cent pour les verts. Avec cette marge de victoire, les Libéraux ont pu former un gouvernement fortement majoritaire.

Sept des douze donnent la victoire à l’équipe McGuinty et cinq l’accordent à la formation Hudak. La moyenne des douze pour les libéraux est de 35,88 pour cent tandis que les conservateurs reçoivent une moyenne de 33,78. Le parti de Mme Horvath reçoit une moyenne de 25,75 pour cent et les verts pourraient compter sur 4,15 des votes.

Il y a dix jours, d'après la très respectable firme EKOS, les libéraux allaient chercher 34,9 pour cent des intentions de votes, tandis que les progressiste-conservateurs se contentaient de 31,4 pour cent, les néo-démocrates de 24,7 pour cent et les verts de 7,6 pour cent. La même firme fit le dernier des douze sondages dimanche et lundi, et révélait des chiffres surprenant : les libéraux devançaient de loin leurs adversaires avec 39,1 pour cent des intentions, une augmentation de 4,2 points en dix jours. Les progressistes conservateurs allait chercher l’appui de 29,1 pour cent des électeurs : une perte de 2,3 points. Le NPD, avec 24,5, restait sur place, ayant perdu a peine ,2 pour cent des choix qu’il y a dix jours. Les sondages d’EKOS ont la plus petite marge d’erreur des douze sondages effectués.  

Il est clair que le message de M. McGuinty a bien mieux passé que ses adversaires.  Que ce soit sa performance dans le débat de la semaine dernière ou une conséquence de barrage de publicités, il semblerait que les ontariens sont prêts a donné une majorité au libéraux. Faut-il se rappeler que les néo-démocrates sous la direction de Bob Rae étaient allés chercher 74 sièges (et une très confortable majorité) avec moins de 38 pour cent des votes ?

Les tendances ne sont pas prometteuses pour l’équipe Hudak qui a perdu des forces suite au débat. Même chose pour le NPD. Même si elle a pu impressionner plusieurs gens, Mme Horvath est quasiment immobile dans l'esprit des électeurs depuis la fin août. La gauche risque quand même de doubler ses effectifs dans l’assemblée législative.

Ce ne sont que des sondages, bien sûr, et ce qui compte c'est le vote de jeudi.  Mais la douzaine de sondages semble s’accorder pour dire que même si le sprint  à la ligne d’arrivée de jeudi sera serré, il ne sera pas nécessaire d’apporter les dispositifs de photo-finish.


2 octobre 2011

Le chemin de Moscou

Il y a plus de 200 ans, Napoléon a connu sa grande défaite en s’attaquant à l’est, tentant de conquérir la Russie.  Le premier ministre McGuinty, lui qui vient de la région, risque le même sort dans l’est ontarien.

Les libéraux détiennent douze des 17 sièges dans cette région qui comprend la capitale nationale, Kingston, Peterborough et les comtés plutôt ruraux qui les séparent.  Les progressiste-conservateurs portent cinq sièges : deux dans les banlieues d’Ottawa et les trois autres en campagne.  Carleton-Mississippi Mills et Nepean-Carleton resteront dans le camp de M. Hudak, mais trois des sièges libéraux d’Ottawa penchent vers d’autres partis. 

Les néo-démocrates ont rarement été populaires dans l’est ontarien. Le siège de l’ancien chef Michael Cassidy, Ottawa-Centre,  a voté NPD en mai, et risque de bouder M. McGuinty et son candidat sortant, M. Yasir Naqvi.  Dans la banlieu est, Ottawa-Orléans semble être en jeu et c’est peut-être ici que le vote francophone risque de se faire sentir pour faire une différence. Aucun des candidats ne parle bien le français, mais il semblerait que les francos de la région continueront d’appuyer le libéral sortant M. Phil McNeely.

Il faut passer à l’ouest de la ville pour trouver une vraie bataille, cette fois qui met aux prises l’ancien maire d’Ottawa et ministre Bob Chiarelli qui avait remporté ce comté dans une partielle il y a à peine 18 mois. Les conservateurs ont aussi trouvé un batailleur habile en M. Randall Denley.   Voici donc un comté qui fera allonger les heures jeudi soir, mais j’ai l’impression que M. Chiarelli gardera son siège.

L’équipe de M. Hudak a de meilleures chances dans le centre de la région. Glengarry-Prescott-Russell. M. Jean-Marc Lalonde avait prit ce siège en 2007 avec plus de 60 pour cent des votes, mais avec sa retraite, le parti s’est doté d’un représentant qui ne parle pas français, M. Grant Crack. Marillissa Gosselin, la candidate progressiste-conservatrice s’est montrée bien préparée pour cette campagne. Si elle gagne et si les progressiste-conservateur l’emporte, est figurera sans doute dans le conseil exécutif du nouveau gouvernement.

Haliburton-Kawartha Lakes-Brock a vécu une drôle d’histoire. Mme Laurie Scott, candidate progressiste-conservateur, l’avait remporté haut-la-main en 2007, mais démissionna son siège en 2009 et les libéraux l’ont prit dans la partielle. Elle est de retour en 2011 pour reprendre son trône et les libéraux auront beaucoup de difficultés à lui faire face.

Northhumberland-Quinte West risque aussi de glisser des mains libérales et d’avantager M. Hudak. NQW vote comme la province : c’est un comté-phare qui faut surveiller. C’est la même chose pour Stormont-Dundas-South Glengarry. Le député sortant M. Jim Brownwell avait prit presque 50 pour cent des voies en 2007, mais le candidat conservateur n’était pas loin derrière (les néo-démocrates sont très faible dans ce coin de la province). Ce comté peut pencher des deux côtés, et il est à surveiller de très près.

Reste enfin le pan de la province qu’est Renfrew-Nipissing-Pembroke, Peterborough, Prince Edward-Hastings et Stormont-Dundas-South Glengarry : territoire traditionnellement  conservateur qui pourrait revenir au rancard et qui doit être surveillé. Renfrew-Nipissing-Pembroke restera le fief de John Yakabuski et des conservateurs. Peterborough risque d’être fort intéressant parce qu’il fait figure de girouette. Les électeurs de la région ont tendance à voter dans le même sens que la majorité des ontariens. Devenu conservateur en mai, il risque de basculer dans le territoire de M. Hudak cette semaine, mais la circonscription est divisée. Prince Edward-Hastings est le territoire de la ministre Leona Dombrowsky. Son adversaire, M. Todd Smith, n’habite pas dans le comté mais semble prendre des forces.  Bref, l’équipe Hudak a de fortes chances de prendre trois sièges aux libéraux dans cette région et l’est de la province pourrait devenir le Moscou de M. McGuinty qui pourrait se voir perdre la majorité de ses sièges.


1 octobre 2011

Toronto et les limites de « Ford nation »

Toronto est représenté à Queen’s Park par 22 comtés, et de ceux-là  seulement cinq risquent de changer de mains. Les libéraux dominent la ville tant au fédéral qu’au provincial et cela me surprendrait de voir une vague « Ford nation » renverser les choses.  La formation McGuity détient présentement 18 sièges et le NPD en possède quatre.  Deux sièges libéraux vont sans doute balancer vers le NPD car ces comtés on voté pour le regretté M. Layton en mai, soit Davenport au centre ville et York South-Weston dans North York.

Cinq sièges sont en jeu. Dans le nord de la ville : Willowdale et York Centre. Willowdale, représenté par le libéral David Zimmer, devrait rester dans le camp Libéral.  York Centre est depuis près de trente ans le fief de Monte Kwinter.  La course sera encore très chaude, mais Kwinter, 80 ans, devrait s’en sortir pourvu que les supporters qu’ils l’ont appuyé depuis des décennies se présentent une de fois de plus aux urnes.

Dans l’ouest, seul Etobicoke-Lakeshore est imprévisible, mais la ministre Laurel Bronte sera sans doute élue une nouvelle fois et ne vivra pas le sort de M. Michael Ignatieff, le chef libéral qui fut défait dans ce comté en mai.

Dans l’est deux sièges font l'objet de vraies batailles. La ministre Margarett Best fait face à une concurrence progressiste-conservatrice plus musclée avec la candidature de M. Gary Grant, mais elle devrait être en mesure de lui tenir tête.  La situation est encore plus serrée dans Scarborough-Southwest puisque ce siège est passé au néo-démocrates avec une très mince pluralité de votes au mois de mai. Le Libéral sortant, M. Lorenzo Berardinetti, devrait être en mesure de garder sa place, cependant. Cette lutte est sans doute la plus intéressante à surveiller dans le « 416 ».

Bref, Toronto restera une forteresse libérale et les progressiste-conservateurs ne pourront pas se vanter de pouvoir se prononcer avec une représentation dans la capitale. « Ford nation » trébuche et ne se manifestera pas au niveau provincial.


30 Septembre 2011

Les néo-démocrates vont-ils percer?

Les prévisions sont nombreuses que les néo-démocrates et leur chef, Mme Andrea Horvath, sont à veille d’un triomphe en Ontario et qu’enfin les fantômes du gouvernement Bob Rae, défait en 1995, seront enfin exorcisés. Deux sondages par téléphone recueillis après le débat donnaient entre un quart et un tiers des voix au NPD. Mme Horvath semble s’être fort bien acquittée de sa tâche lors du débat et cela risque d’avantager son parti dans plusieurs sièges, particulièrement ceux qui ont voté pour le NPD en mai dernier lors de la campagne fédérale.

La route des néo-démocrates depuis la défaite du gouvernement Bob Rae en 1995 a été longue et difficile.  Cette année-là, le NPD passait d’une majorité de 74 sièges à 17, en prenant à peine 20 pour cent des votes.  Le parti continua sa dégringolade durant les années qui suivirent. En 1999, le parti perdait encore huit sièges, pour en finir avec  neuf  et l’appui d’a peine 12,6 pour cent des électeurs. Quatre ans plus tard,  le parti avait perdait encore deux sièges pour finir avec sept, même si le parti améliorait son pourvoir d’attraction en enregistrant 14,7 pour cent des votes. En 2007, le NPD reprenait un peu le poil de la bête, soit trois sièges pour un total